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Axes de recherche

 

Les activités du GDR se structurent autour de trois thèmes fédérateurs de recherche, et d’un axe de travail plus méthodologique.

 

(1) Circulations et Europe médiane

 

Penser le temps long des mouvements et des interactions des hommes, des biens ou objets et milieux permet de construire une approche incluant tous les échanges y compris ceux qui cons­tituent nos environnements. Ainsi sera repensé le rapport entre exils et autres migrations en tant qu’élément crucial de la dynamique de l’Europe médiane. Les circulations de populations sont ici à prendre en compte avec les déplacements des pôles de pouvoirs et des limites poli­ti­ques qui articulent des frontières de natures diffé­rentes et complexes, comme celles qui séparaient les territoires des divers empires ou même au sein des États de l’après 1918. Un des enjeux est donc la requalification des individus et des groupes par les pouvoirs succes­sifs en lien avec un statut associé avec leurs déplacements, réels ou imaginaires. De la même façon, depuis plus de mille ans les dynamiques d’exploitation des ressources naturelles et de circulation des mar­chandises struc­turent l’espace régional tout en l’atomisant ou l’incluant dans des circuits largement extérieurs. Ces thèmes sont présents dans les autres pôles aréaux et bien sûr aussi actuellement dans l’UE, qui s’étend sur une partie de l’Europe médiane et qui en perçoit actuellement une cruelle actualité. Et ils ne peuvent être appréhendés qu’en associant toutes les disciplines mobi­li­sées, dont l’anthropologie, l’économie, la géographie, l’histoire, la littérature, la science politique, la sociologie, etc. et une perspective de long terme, qui limite la portée des démarches identitaires.

 

(2) L’Europe médiane : un outil pour penser les sociétés dans des cadres étatiques peu stables, entre marge et centre, attraction et répulsion.

 

L’Europe médiane, et cela se remarque ces derniers mois, joue un rôle de précurseur, de dynamiteur, et aussi de marge pour l’Europe occidentale ou la Russie et encore la Turquie (en termes très contemporains aussi). Mais sur le plus long terme, et cela vaut aussi dans les di­men­sions culturelles, cette pulsation, entre marginalisation et attraction, est une question clef pour sai­sir les re­gards croisés ou entremêlés qui semblent actuellement ne pas être aisément perçus dans le cadre de pa­­ra­dig­mes anciens marqués par des hiérarchies civilisationnelles plus ou moins explicites. Seules quelques grandes puis­sances sont alors appelées à donner le ton, et une soumission apaisée est attendue à leur contact. Ainsi de­puis deux siècles on note le passage d’une carte ou quatre États (à caractère impérial déclaré pour la Russie, l’Autriche et l’Empire ottoman, et ambition impériale ouverte pour la Prusse) à la mosaïque des 22 États actuels (de la Finlande à la Grèce, et de la Pologne à la Slovénie) où l’expansion de l’Union vers l’Est et les politiques russes, états-uniennes, turques, ou chinoises sont très influentes. Or utiliser le terme Europe médiane est un choix intellectuel qui exclut l’idée d’une normalité impériale ou d’une normalité nationale sous forme d’États na­tio­naux dont l’horizon pourrait être la race nationale comme ce fut récemment affirmé par le Premier ministre d’un pays membre de l’UE. L’avantage de ce terme, n’est pas d’affirmer l’existence « éternelle » d’une région à l’iden­tité revendiquée par des millions de Médio-Européens enthousiastes. Il n’en existe pas. Mais ce choix se fonde sur la nécessité d’analyser les flux et les permanences, fussent-elles identitaires, locales ou nationales, dans le cadre de dynamiques profondément marquées par des interactions assez systématiquement niées ou effacées par les États, impériaux ou nationaux, et qui pourtant fondent les cultures et l’histoire de la région. Il s’agit donc de prendre en compte à la fois les forces et les lacunes des structurations étatiques, sans partir d’un modèle de référence. Au-delà de la per­spec­­tive géopolitique, et de la dimension autoritarisme/démocratie, cet axe vise à re­penser la mise en espace de cette sous-région européenne, afin de contribuer à construire un cadre où les pôles russe et turc, l’Europe médiane et l’Europe occidentale pourraient participer à l’analyse des dynami­ques globales – culturelles, sociales, écono­mi­ques etc. – sans poser a priori des limites à l’Europe qui vien­draient anesthésier une nécessaire réflexion sur le continent comme espace de flux et d’influences.

 

(3) Violence-instrument et violence-message : une « autre » Europe ?

 

Dernier thème fédérateur proposé : la vio­len­ce en tant que pratiques et imaginaires, outil d’auto- et exo-assignation à la fois localement et plus régio­nale­ment, et menaces vécues et perçues de façon spécifique par rapport aux zones adja­cen­tes associées. Sur le long terme il pose la questoin d’une histoire particulière de la violence sur le long terme. Derrière l’écho, en Fran­ce et en Europe occidentale, des mots Ukraine, Balkans, Europe de l’Est (dont l’emploi est fort fréquent en cette année 2022), il y a les réactions opposées de sociétés finlandaise, estonienne, mais aussi hongroise ou serbe face à l’agression russe en Ukraine. Plus largement, l’Europe médiane est marquée par une confrontation sin­gu­liè­re à la violence tant du fait d’acteurs extérieurs qu’intérieurs, de nature collective ou intime, mais aussi l’ins­crip­tion de la vio­len­ce dans un temps d’anticipation partielle puis de mémoire/oubli collectif et individuel. Les contrats de thèse inter­na­tionaux du CNRS issus de propositions portées par le GDR et nombre de travaux en cours, de tou­tes disci­pli­nes, portent largement sur cet axe. Même si cet axe était en germe dans les deux contrats anté­rieurs du GDR, et que la menace de guerre pesait déjà sur le rapport finalisé fin jan­vier 2022, la mobi­li­sa­tion col­lec­tive sur ce point dans une démarche pleinement aréale, donc ne se limitant pas à un terrain particu­lier, est nou­velle. Et elle pourra faire écho a des phénomènes récents d’acceptation accrue de la violence comme forme d’ex­pression (politique notamment) y compris en France. Sur le plan européen, cette approche éclairerait les situations basques ou irlandaises du siècle dernier et l’anlayse des gradation ou transition entre violences extrêmes et absence ou réduction des violences.

 

Axe Méthodologique

 

Enfin, l’Europe médiane est une zone marquée par la pluralité des langues et l’état de l’enseignement des langues étran­­gères en France ne s’étant pas amélioré en termes de diversification, une des tâches du GDR est la réflexion sur le travail sur des corpus multilingues, la traduction, et la création d’outils en coopération avec les acteurs de la région pour limiter les effets d’ato­mi­sation sur le travail scientifique. C’est un chantier méthodologique qui exige une mobilisation à la fois théo­rique, pluri­disci­plinaire, et pratique, à articuler avec les politiques d’équipement.